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Hub La Provence : la montagne prend son destin en main

Le domaine skiable de Serre Chevalier a présenté son plan de production d’électricité, jeudi soir, lors d’une rencontre autour du thème « la montagne résiliente » organisée par « La Provence » à Aix-en-Provence.
Le domaine skiable de Serre Chevalier (SCV) n’a pas attendu la crise énergétique pour se pencher sur son rapport à l’électricité.

Il y a plus de cinq ans, en 2017, l’entreprise SCV, détenue par la Compagnie des Alpes a lancé un vaste plan de production d’électricité. Objectif, créer sur les pistes 30 % de sa consommation, soit 5 gigawatts par an. Ambitieux et même précurseur. Car le domaine skiable briançonnais est aujourd’hui la seule station à proposer un tel projet et est régulièrement cité en exemple, comme fin septembre lors du congrès de Domaines skiables de France à Lyon. « Notre démarche est écologique, pas économique, explique Patrick Arnaud, le directeur, lors du Hub tourisme organisé jeudi soir par La Provence à Aix-en-Provence. On voulait prouver que ça marche. Maintenant, on est sûr que les stations peuvent jouer un rôle dans la transition énergétique. »

Le dispositif comprend l’installation de deux éoliennes au sommet du Prorel – quarante avaient été envisagées initialement – la pose de panneaux photovoltaïques sur le toit des bâtiments et une dizaine de gares de remontées mécaniques et surtout, deux turbines hydroélectriques. Le tout pour un coût de 3,6 millions d’euros, dont 2,6 millions d’euros rien que pour les infrastructures hydrauliques qui représentent 80 % de la production électrique. Le dossier a fait l’objet d’aides financières de la Région dans le cadre du « plan montagne 2015-2020 ».

« À l’époque, le prix de l’électricité était de 50 euros le mégawatt, ce n’était pas rentable mais ce n’était pas le but, complète Patrick Arnaud. Mais aujourd’hui, ce n’est plus la même chose, nous le payons 400 euros ».

L’aboutissement de ce projet plus que bienvenu en ces temps énergétiques troubles est proche. Il permettra, outre l’aspect environnemental, d’économiser pas loin de cinq millions d’euros. Ce sera le cas l’année prochaine après l’installation de la deuxième turbine hydroélectrique, prévue avant le printemps. « On pourrait même dépasser l’objectif de 30 % », prévoit SCV. Car dans le même temps, le domaine skiable mise sur une réduction de sa consommation d’électricité. Elle est déjà passée de 15 gigawatts par an à 13,8 gigawatts l’hiver dernier. Elle pourrait encore descendre à 13 gigawatts pour la saison 2022-2023. Pour cela, le site internet « tousengages-serrechevalier.com » a été créé dans le but de prendre la température auprès des clients de la station sur des mesures qui pourraient être mises en place.

« On peut continuer à skier mais il y a des changements à faire. Le monde est en perpétuel mouvement. Il y a 30 ou 50 ans, c’était très différent et ce le sera aussi demain. L’existant va disparaître, observe Patrick Arnaud. Mais je reste très optimiste. Le ski est un outil, un moyen de se retrouver dans les grands espaces. »

Ainsi, une vingtaine de questions, changées régulièrement, sont posées sur le site internet avec à chaque fois, trois réponses proposées. Vitesse des remontées mécaniques, aménagement des pistes, construction de nouveaux télésièges, damage, production de neige de culture, diversification des activités… tous les sujets y passent, du plus rassembleur au plus clivant. Et les internautes habitués de Serre Chevalier se sont prêtés au jeu : chaque question totalise plusieurs centaines voire milliers de réactions avec souvent une majorité de réponses favorables à la préservation de l’environnement. « Il y a trois intérêts à ce dispositif, explique le directeur du domaine skiable. On communique sur notre démarche, on prend l’avis des clients et on convainc l’écosystème ».

Il a notamment été décidé, pour cet hiver, de produire moins de neige de culture ou encore de baisser la vitesse des remontées mécaniques lors des périodes plus calmes, en dehors de l’afflux des vacances de Noël et de février.

Christel Marchal, l’ancienne skieuse de haut niveau originaire de l’Ubaye a tenté une aventure professionnelle dans les Alpes du Nord. Mais elle en est vite revenue et est désormais responsable « jeunesse et sport » au Département des Alpes-de-Haute-Provence. Car son chez-elle, c’est dans les vallées ensoleillées du sud de la France. « On a la chance d’avoir des vallées attractives avec de gros points forts, clame la fondatrice de la luge quatre saisons à Pra Loup. Il faut arrêter de nous sentir plus faibles et montrer nos forces. Il est important de valoriser le territoire. Allez voir à Modane ou à Bourg-Saint-Maurice (Savoie), ça ne fait vraiment pas rêver ».

« Il y a peut-être plus de neige en Savoie mais chez nous elle se conserve mieux grâce aux nuits claires. Notre climat est par certains aspects plus favorable au ski », appuie Philippe Courtois, directeur de la communication du Comité régional du tourisme.